DANIEL BALAVOINE : DECHAINE ET DECHAINANT
Décidement ce n'est pas un mois de juin comme les autres. Dans la même semaine, j'ai vu triompher Eddy Mitchell au Palais des Sports (dans un superbe spectacle sans faille, puissant et intelligent), Simon et Garfunkel à l'hippodrome d'Auteuil (devant 70 000 personnes à qui ils ont donné la chair de poule) et –en attentdant les Stones – Daniel Balavoine dans ce même Palais des Sports.
Il fallait une certaine dose de courage et beaucoup d'enthousiasme de la part de Daniel Balavoine, pour imaginer que cinq soirs de suite, il allait remplir ce grand vaisseau, alors qu'une telle concurrence jouait à l'extérieur. Outre la confiance qu'il a en lui, Daniel savait qu'il y parviendrait parce que c'était dans la logique des choses et dans la trajectoire de sa destinée. Mais ce qu'il n'imaginait sans doute pas, c'est que de tous les spectacles vus cette semaine, il ofrrirait le plus fascinant, le plus "déchainant" aussi. Même si, du début à la fin, il y investit toutes ses forces, bondissant et furieusement présent.
Grace à son micro sans fil, il est partout à la fois, sous un ciel de spots lumineux, au c½ur de huit musicicens – les meilleurs du moment. Mais ce qui à chaque fois me surprend davantage chez Daniel Balavoine, c'est sa voix. Aigue et surpuissante, elle se permet et lui permet toutes les audaces. Et il ne se prive pas de la mettre à l'épreuve ! De "Lipstcik" à "Amour gardé secret" en passant par "Me laisse pas m'en aller", "Lucie", "Viens danser", 'Vivre ou survivre", "Lady Marlène", "Les oiseaux", il n'y a pas de déchets dans le tous de Daniel Balavoine. Mais il y a des moments fabuleux : "Quand on arrive en ville" (le grand air de Starmania), "l'amour est triste" (malgré le film qui n'apporte rien), "Le chanteur" (bien sûr), "la vie ne m'apprend", "mon fils ma bataille" et l'incroyable "je ne suis pas un héros" (la salle debout chante et danse avec lui).
Témoin de son temps, Daniel Balavoine est (avec Michel Berger) le chanteur numéro un d'aujourd'hui. Il n'est pas celui d'hier, et pour demain on verra bien, mais en attendant c'est superbe.
Michèle Dokan
France Soir 12 juin 1982